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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 22:15

Jusqu’à présent notre perception, notre mouvement dans le monde, pouvaient être considérés comme le fruit de notre volonté, de notre éducation, de nos peurs ou encore pour certains de notre langage.

Il nous faut désormais compter avec l’usage que nous faisons des technologies. Par usage nous entendons toute pratique s’inscrivant dans les lois de notre société et visant à atteindre un objectif, pratique facilitée aujourd’hui par Internet (a).

Ces usages sont de toutes sortes et font parti de notre quotidien : commander un billet de train, faire des courses, consulter son compte en banque, envoyer un message…

Tout cela, dans la joyeuse anarchie qui a régné au début d’internet, semblait libre, gratuit et accessible à tous. Cela paraît toujours l’être tant accéder à un service n’est qu’à quelques clics, mais il y a une contrepartie car Internet cherchait son modèle économique. Cette contrepartie est la commercialisation de nos données personnelles et plus généralement l’analyse de notre navigation sur les sites. Notre comportement est donc scruté, analysé, et encore ne s’agit-il ici que d’internet (b).

Ainsi, la facilité d’accès aux services que nous rencontrons n’a d’égale que la perte d’informations que nous laissons de nous-mêmes (c). Certains s’en offusqueront, d’autres diront que cela fait parti du jeu.

Pour autant quel rapport avec un quelconque emprisonnement ? Comment pourrais-je me sentir piégé dès lors qu’Internet me donne accès à un savoir que je n’avais pas (d) ? Que tout m’est désormais accessible, et, grâce à l’internet intégré aux téléphones mobiles, en tout lieu (e).

En réalité nous avons oublié que derrière l’empathie générée par le net, en particulier sur les réseaux sociaux, une économie immatérielle se bâtissait et, comme toute économie, celle-ci cherchait son point d’équilibre ; point d’équilibre qu’elle commence à trouver à partir de nos usages sur ses propres services.

Ainsi, la facilité d’accès aux services que nous rencontrons n’a d’égale que la perte d’informations que nous laissons de nous-mêmes. Certains s’en offusqueront, d’autres diront que cela fait parti du jeu.

Pour autant les récentes affaires d’espionnage avérées nous ont montré à quel point Internet était l’enjeu du savoir et de la surveillance. A tel point que les frontières géographiques nous semblent bien poreuses et que l’on aurait plus à se méfier de sa messagerie emails que de la curiosité mal placée d’un voisin.

Néanmoins ce qui reste problématique, et cela d’autant plus que nous sommes censés vivre en démocratie, c’est la restitution de ce que nous laissons, c’est  l’opacité autour de l’accès à nos propres données, à ce que l’on sait de nous en somme.

Pour aller plus loin, s’il m’avait paru simple en tant qu’individu de pouvoir échanger ou consommer tel que bon me semblait, l’on s’aperçoit désormais à l’usage des œillères qui nous sont petit à petit placés sur les écrans-mêmes que nous utilisons : des moteurs de collecte travaillent et nous restituent un monde qui paraît correspondre à nos propres requêtes. Cela est symbolisé parfois par une offre commerciale, parfois par une proposition d’article à lire, délimitant ainsi notre propre investigation, notre propre découverte (f).

C’est en voulant nous faciliter la vie que nous provoquons nos propres limites de perception et le monde n’est plus ce qu’il est mais devient ce que l’on nous recommande par l’analyse de notre propre navigation ; nous ne voyons donc plus ce qui se présente à nous comme tel mais comme le résultat d’un algorithme.

 

Dans le livre de Serge Soudoplatoff  Le monde avec Internet  on trouve p.53 une définition d’Internet comme étant un réseau de réseaux, un ensemble de protocoles, et des services.

Cf à cet effet l’article du Monde du 02/11/2013 « les algorithmes qui nous gouvernent » qui aborde le sujet de la surveillance de nos données sur d’autres canaux tels que les péages par exemple

Ainsi, on pourrait presque dire que Google avec l’historique de l’ensemble des requêtes et recherches des Français en sait plus sur leur profil psychologique que l’Insee elle-même.

Prenons l’exemple de Wikipédia qui permet à chacun de co-construire un savoir commun.

Le terme Mobiquité comme tant d’autres néologismes a fait ainsi son apparition

 

Il serait intéressant de noter d’ailleurs à ce propos l’entrée remarquée à la bourse de New York de la société française Criteo spécialiste du ciblage publicitaire sur Internet le 30 octobre dernier quand La Redoute annonçait dans le même temps 700 suppressions d’emplois.

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 15:59

Des rentrées littéraires l'on ne garde bien souvent qu'une indigeste impression de trop plein, comme si la surconsommation actuelle avait atteint les livres ainsi que n'importe quel produit sur juchés sur leurs étals. Un trop plein que, si l'on essaie d'en suivre la dynamique intérieure, s'étale hâtivement de septembre à grands coups d'annonces mi-cocasses mi-sérieuses des "grandes" maisons d'édition aux enrubanages de noël.

 

Si, d'autres l'ont très bien écrit, la littérature respire mal ou ne respire plus, on ne peut que s'étonner de ce trimestre autômnale qui fouette et corsete cette "vie littéraire", dont on aime se rappeler en France la quintessence auteuriste, mais qui n'est plus qu'un frisson froid, suranné et rance de vieux sachet de thé.

 

Si la littérature et l'actualité n'ont jamais fait bon ménage, on peut tout de même toujours trouver parmi ces feuilles produites à grandes livrées, le souffle et le vent qui les ont portés jusqu'à notre regard. 

 

Edité en 2010, paru en France en 2012, Freedom de Jonathan Franzen est beaucoup plus que la synthèse inconvenante de ce que l'on nomme un pavé. Et si l'on est quelque peu perdu par la pléthore de détails des premières pages, si l'on ploie sous le nombre incroyable d'informations qui semble s'y déverser, c'est que l'auteur n'emprunte pas un ton rêche et concis, il balaie plutôt le monde, les sentiments, les jugements, dans un incroyable tourbillon, avec un incroyable brio.

 

Le monde justement, ce monde qui est le nôtre est plein semble-nous dire l'auteur, plein de son propre poids, de ses idéaux perdus, de ses contradictions, et à travers l'histoire d'un couple ,Patty et Walter, non seulement Franzen nous rappelle les grandes pages de la littérature russe où l'histoire se mêlait aux protagonistes (Tolstoï, Tourgueniev...), mais sa veine amorale, sa brillante sagacité, le rapproche à la fois des moralistes français du 18ème et son sens historique et héréditaire de la famille des naturalistes tels Zola avec les Rougon-Macquart.

 

Mais la véritable force du roman qui se déploie à l'aune des décisions de chacun des protagonistes familiaux est de ne jamais sombrer dans un seul point de vue et de chercher, ainsi que l'écrivait Bergson, le "point de vue des points de vue". Il est aussi amoral en ce sens où il n'élude aucun sujet ni sentimental ni sociétal sans jamais pour autant verser dans le jugement.

 

Freedom de Franzen n'est pas seulement un livre sur les tribulations métaphysiques d'une famille middle-class américaine, il est, je pense, un vrai reflet de nos modes de vie occidentaux, de notre capacité à survivre sur cette planète que nous assèchons tant écologiquement qu'intellectuellement. Il n'offre pas une nouvelle saga américaine mais une véritable oeuvre historique sur ces 60 dernières années, l'évolution de la société, ses moeurs, mais surtout le flux du temps qui nous emporte, ainsi qu'une feuille au vent mauvais, avant même d'avoir pu répondre à cette simple question: que sommes-nous devenus?

 

Oeuvre historique, certes, mais oeuvre littéraire avant tout, car Jonathan Franzen déploit son propos avec intelligence, sans heurts, il a cette délicatesse des artistes au long cours et c'est au coeur même du livre que l'on pourrait trouver la signification propre à son travail, à son métier d'écrivain, celui qui fait découvrir: "Il y a une tristesse dangereuse dans les premiers bruits produits par le travail de quelqu'un le matin; c'est comme si le silence souffrait d'être brisé".

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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 19:55

De l’excellent cru cinématographique 2011 un film aux allures de roman post-moderne, que n’aurait sans doute pas renié un Houellebecq - du moins sur le thème plus que sur le traitement-, a surgi ainsi qu’un souffle hoqueteux de désir vicié, un claquement capiteux et nauséabond d’élixir perdu.

 

Shame d’Alexandre McQueen aborde le thème de l’addiction sexuelle au travers d’un personnage masculin interprété par Michael Fassbender.

 

Ce film peut  décevoir, notamment ceux qui, sous des prétextes cinématographiques, pensaient voir à moindre frais des scènes érotiques ; nous ne sommes plus à l’époque de Basic Instinct et le porno suinte à chaque coin de rue, à chaque onglet de page internet ; le cinéma ne révèle plus l’interdit dans les salles obscures ; l’obscur est, quant à lui, en libre-service.

 

Ce film peut gêner ou laisser une impression mitigée, cela est sans nul doute lié au traitement clinique qu’en fait le réalisateur. A aucun moment nous ressentons une quelconque empathie pour son personnage principal. En effet, Steve McQueen ne prend pas le parti de sauver son héros il démontre les mécanismes complexes de la dépendance, les rouages sournois de l’addiction, en cela  identiques à ceux de l’alcool et de la drogue, où chacun, souhaitant revivre l’extase de la première bouffée, de la première ivresse, augmente à chaque fois un peu plus la dose.

 

Mensonge, solitude, paranoïa, voyeurisme, rien n’est laissé de côté, et une somptueuse bande-son accompagne le personnage principal dans ses errements. Et, ce qu’il y a de remarquable dans ce film, en plus de la prestation – sans jeu de mots- physique de Michael Fassbender, c’est le cercle vicieux dans lequel celui-ci tombe : il ne peut plus consacrer de relation normale avec autrui,  en particulier avec la gent féminine, sans se référer inconsciemment aux images pornographiques qu’il a vues. Plusieurs scènes, notamment sur ses propres pratiques sexuelles, sont en cela significatives et posent d’ailleurs de manière très troublantes la trace cognitive que laisse dans nos cerveaux ces images et actes pornographiques ; on pense aussi à  la tentative de flirt qu’il a avec une de ses collègues, relation qui sombre quasiment dès son commencement. L’incommunicabilité dans lequel le place son addiction le rend tout autant affligeant et il lui faudra aller jusqu’au bout de la souillure de soi pour qu’il réalise à quel point il est malade.

 

Car si ce personnage est aussi antipathique c’est aussi parce  qu’il ne s’aime pas et ne peut, par conséquence, aller vers autrui sans être pourri par sa dépendance. Cependant, et c’est une des faiblesses du film, si le réalisateur entrouvre, notamment par le biais de la sœur du personnage, les raisons psychologiques et historiques de celui-ci qui auraient pu le faire aboutir à cela, McQueen referme aussitôt la porte. Au moins n’adopte-t-il pas ce réflexe très anglo-saxon d’aller chercher uniquement des ressorts psychologiques pour expliquer son comportement.

 

Non, ce que nous livre McQueen, notamment par la très intéressante scène finale du métro, miroir de la toute première, c’est que l’addiction sexuelle est aussi liée aux référents de notre société qui consomme désormais le corps comme tout autre produit de consommation. Et si le réalisateur nous laisse sans nous indiquer le choix que fera son héros principal, c’est que son propos n’est pas de nous offrir la chute puis la rédemption d’un drogué, ni même une réflexion sur le libre-arbitre, mais un instantané vertigineux pour qui le piège d’une société de consommation se referme sur soi, car, pour reprendre les propos de Cioran « être c’est être coincé ».

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:16

Au vu du battage, voire du matraquage, publicitaire de ces dernières semaines The Dark Knight Rises, un des blockbusters de l'été, était très attendu et malgré une distribution de haut vol, une bande-son impeccable et des plans incroyables, le résultat est décevant.

 

Il est décevant car on ne sait pas comment en finir avec ce héros contemporain qui traîne sa mélancolie tel un personnage romantique du 19ème et dont il a par ailleurs tous les attributs de l'enfance orpheline au château gothique. Alors on fait durer tout au long de ces 2h40 la rédemption de Bruce Wayne - batman n'est plus anonyme- et on lui trouve un improbable adversaire: Bane. Celui-ci, digne des meilleurs jeux d'arcade du type Mortal Combat, va livrer une prestation sur le mal absolu, mais nécessaire comme il le dit lui-même, avec une finesse digne d'un éléphant dans une baignoire.

 

Alors on frissonne moins de voir cette boule de muscle incarnée la destruction de toute notre société occidentale que de retrouver à nouveau un film contemporain se délecter de la destruction totale de notre civilisation. N'y aurait-il pas une fascination contemporaine au catastrophisme?

On se demanderait presque, à force de prise d'otages et d'attentats, si ce film ne serait pas une extension grotesque de l'actualité permanente que nous déverse CNN par exemple. 

Là où il y a 13 ans un film comme Fight Club, rejoignant le même nihilisme dans son appréhension du capitalisme, proposait une intéressante réponse individuelle et esseulée, on assiste dans cet opus à une critique à l'envers de ce que le héros principal doit défendre: la justice et la paix. Seul le mal peut combattre le mal et le vaincre...

 

Et à la question de savoir s'il est de gauche ou de droite (cf l'article du monde http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/08/01/le-batman-de-chris-nolan-est-il-de-gauche-ou-de-droite_1740638_3246.html) on répondra qu'il ne se préoccupe pas tant de valeurs sociétales et qu'il est profondément fascisant. On s'interroge même sur la nécessité dans le scénario d'avoir voulu in fine donner un "visage" humain à Bane en narrant sa véritable histoire, comme si ce revers psychologique devait justifier son attitude de tyran psychopathe. 

Sans doute ce film souffre-t-il des 2 opus précédents et particulièrement du tout dernier The Dark Knight qui confinait au chef-d'oeuvre avec la prestation lumineuse de Heath Ledger en Joker.

Cela étant il reste intéressant dans sa façon de revisiter les référents majeurs de la révolte en accomplissant ainsi ce que l'on pourrait nommer un "inconscient historique" :

  • La terreur révolutionnaire avec un juge inique
  • La révolution bolchévique de 1917 avec la levée d'une armée du peuple
  • La guerre de secession avec la mêlée guerrière des 2 armées

 

Mais que retiendra-t-on au final de ce  film? Hormis d'excellents seconds rôles interprétés tels Anne Hathaway pour CatWoman ou Joseph Gordon-Lewitt en futur Robin, on se demande s'il ne serait pas plus judicieuxde revisiter les épisodes précédents beaucoup plus fins notamment dans la construction des personnages.

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 22:17

Il y a quelques jours nous nous interrogions sur les raisons valables de s'émouvoir de la fin de la mini-série Bref; une semaine après la diffusion du dernier épisode, l'atermoiement de l'annonce passée, il n'est pas inintéressant de s'arrêter sur ce tout dernier épisode qui semble vouloir clôre un cycle et en ouvrir un autre.

 

A regarder de plus près ces 2 mns qui se passent, semble-t-il, dans le parc Georges Brassens dans le 15ème, on y retrouve, avec cette multiplicité de personnes, l'hommage du comédien à ses spectateurs à la fin de sa pièce, mais surtout une morale gentillette et fédératrice: bref c'est vous, c'est moi, et c'est grâce à vous tous qu'on est arrivé jusque là. 

 

Bien. 

 

En réalité la conclusion est bien plus signifiante qu'elle ne laisse paraître de prime abord et si on prenait le risque de se départir de ce gentil élan fédératreur on repenserait à la leçon inaugurale au collège de France de Michel Foucault. 

Certes l'écart conceptuel est grand, mais que disait exactement Foucault dans l'ordre du discours? pas moins que cette parole, cette logorrhée qui nous traverse et qui n'est pas synonyme de notre propre pensée est la reproduction d'un discours de son temps. Chacun pense être unique mais tout le monde reproduit le même spasme discursif au travers de cette gentille musique intérieure que semble nous servir la série. 

 

Bref en voulant jouer l'accord sensible que nous sommes tous différents mais visiblement identiques dans notre façon de penser, révèle un paradigme assez discuté du courant structuraliste il y a 30 ans, c'est à la fois amusant et inquiétant.

 

Deuxième point révélateur est le "j'arrive au cinéma" lancé à la toute fin de cette épisode.

A vrai dire on s'en doutait un peu, mais ce qui est le plus révélateur ce n'est pas la volonté affichée de passer du succès de la mini-série au grand écran mais ce passage qui semble désormais obligé de partir du comique, on pense, avec des succès divers, à Jamel Debouze, Jean Dujardin, Gad Elmaleh ou encore Day Boom, les Deschiens etc et il est presque à se demander si pour un comédien il ne faut pas d'abord maîtriser le rire avant de maîtriser toute la palette des émotions.

Il semble que ce soit d'abord un positionnement qui aggrège plus vite l'attention. L'adhésion par le rire. A cet effet il sera intéressant de suivre la carrière naissante de Gunther Love, autrement Sylvain Quimène, passant du Air Guitar à ses premiers émois cinématographiques.

 

 

Le sérieux, quant à lui, ne sera jamais pris pour ce qu'il est...

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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 15:01

Le succès de cette mini-série, dont la particularité est de tenir en 1’40’’ et de multiplier les plans, apparue il y a bientôt un an sur Canal +, n’a cessé de drainer un nombre considérable d’afficionados et autres fans – jusqu’à être parodié par les Guignols-mêmes- et certains n’ont pas hésité à voir en celle-ci un véritable phénomène de société, d’autres, comme Le Monde à revisiter Tocqueville pour mieux l’appréhender (http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/11/24/bref-tocqueville-avait-raison_1608792_3232.html).

 

Quoi qu’il en soit les créateurs de cette série ont annoncé qu’après moins d’un an ils ne voulaient pas risquer la « saison de trop » et de déclarer joliment sur leur page Facebook « le dessin est fini il serait dommage de colorier la table ». Décision louable – courageuse ?- ou tout simplement n’y avait-il plus rien à dire sur le rien qui n’avait déjà été dit ?

 

En effet, Bref recompose un très grand nombre de scènes de la vie quotidienne (prendre le métro, déménager…), nombrilistes et globalement partagées par chacun sous un angle humoristique, on y retrouve d’ailleurs les accroches de la publicité avec son adhésion par l’humour.

 

Quoi qu’il en soit cette série a le mérite de faire ressurgir 3 caractéristiques majeures de la société actuelle ou pour le moins des jeunes trentenaires qui la composent :

 

- L’utilisation des technologies

 

De nombreux épisodes font part des de la communication via smartphones ou réseaux sociaux (en particulier « j’ai envoyé un texto », « j’ai passé un coup de fil »…) démontrant par-là l’usage natif qu’en fait tout un chacun dans sa communication. Mais ceci n’est pas une nouveauté, même brillamment monté. Ce qui est plus remarquable c’est la stratégie de communication de la série en elle-même via les réseaux sociaux pour maintenir le cap de la visibilité de la série sur le site officiel (toute reprise sur Youtube étant systématiquement éradiquée). On ne parlera pas du nombre de fans sur FB même si le volume de près de 3 millions est, à tout le moins, significatif de l’écho rendu.

 

- Les pratiques sexuelles

 

Sujet quasiment omniprésent, de manière potache ou inconsciente, la série fait de la sexualité un de ces thèmes de prédilection. Ce qui est intéressant c’est qu’elle l’aborde de façon complètement désinhibé avec son héros principal, sorte d’anti-héros justement, pour qui l’onanisme comme l’infidélité sont des pratiques sociales ancrées. En ce sens il n’y a rien d’immoral dans tout ce qui est filmé mais bien amoral ; on se met dans la tête d’un homme quoi de moins surprenant semble sous-entendre la série ? Il est aussi très intéressant d’avoir renversé les points de vue, notamment celui de la jeune femme Marla pour reconsidérer le côté féminin au travers de « J’ai un plan cul régulier ». Sans fioritures, à la limite du vulgaire, mais jamais outrancier et toujours respectueux.

 

- Les conditions de travail et la précarité de l’emploi

 

Peut-être le thème le plus intéressant de toute la série, thème omis des politiques et des films français actuels : la précarité des jeunes aujourd’hui. « Je suis en mode survie » est un excellent exemple tout comme les passages où le héros passe des entretiens. On y aborde aussi des sujets très contemporains comme les calls center et la rationalisation des espaces de travail, la déshumanisation aussi des discours.

 

Pépite de dynamisme et de trouvailles, Bref est avant tout intéressant par le reflet en creux de nous-même, dans notre capacité à agir et interagir au sein de notre société. Penser court et de manière disruptive il reprend notre façon de zapper et de passer d’une chose à une autre, de consommer les relations plus que de les bâtir (« j’ai fait une soirée déguisé ») ; il est symptomatique du morcellement du travail et de nos ratiocinations quotidiennes. Bref est aussi une leçon sur la stratégie de diffusion au travers des réseaux sociaux même s’il nous rappelle de façon nostalgique ce que fut le monde avant l’arrivée de toutes les nouvelles technologies à l’aube de l’an 2000 « bref j’ai grandi dans les années 90 ». Au final on ne peut que louer de jeunes auteurs à arrêter après une courbe si ascendante vers le succès, peut-être n'y avait-il plus non plus matière à, et si Bref s'arrête ce n'est pas une fin en soi leurs  fans pourront toujours les retrouver sur le site internet dédié.

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 20:46

Face à la profusion des festivals de court-métrages et à la capacité de tout un chacun de "réaliser", c'est à dire tout simplement de filmer, de singulières initiatives ont vu le jour permettant d'extraire du déversoir à images auquel nous sommes quotidiennement soumis de véritables pépites; on aurait écrit en d'autres temps trier le grain de l'ivraie.

 

Ainsi l'association Dick Laurent (http://www.dicklaurent.eu/wordpress/?p=2537),  qui sévit dans le Nord, réalise depuis 3 ans un appel à projets ou plutôt "Kino" pour lesquels les réalisateurs ont 3 mois pour répondre à un film et 3 contraintes.

 

Cette initiative a permis à de nombreux films d'être diffusés aux Beaux-Arts de Lille et dans des cinémas indépendants que sont l'Univers (http://lunivers.org/)  et le Kino (http://www.kino-cine.com) et surtout de découvrir quelques pépites comme, lors de cette 3ème édition, "Mourir Ici et Maintenant" de Max René, "Vert-de-Gris" de Philippe Wolczek - l'ensemble des courts étant disponibles sur http://www.dicklaurent.eu/welcomeToMorrow/index.html -

 

Reste cette question de savoir si un film réalisé non pas sous la contrainte mais à partir de contraintes reste un film à part entière? s'il n'omet pas en quelque sorte sa liberté première?

Au final on aurait tendance à répondre non et à inviter tout jeune réalisateur à se confronter à cet exercice, créer à partir de contraintes pour mieux les dépasser.

 

 

dick laurent

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 22:58

On connaissait le Home cinéma qui, comme son nom l’indique, était une tentative d’introduire chez soi une qualité de son et d’image proche d’une salle de projection ; on importait ainsi les derniers cris de la technologie au sein de son propre salon. On recréait les conditions technologiques dans son cocon sans l’atmosphère ou la magie du lieu bien entendu.


Il y a désormais le cinéma connecté. Une communauté de passionnés ou tout simplement de personnes désireuses de revoir un film disparu des salles de projection peuvent se connecter sur le net pour choisir de le reprogrammer dans la salle de leur choix.


Cela permet d’extraire une œuvre de la tyrannie de l’instant, de l’extirper du flux éphémère de la programmation, en lui proposant une nouvelle vie en salle.


Ce concept est porté en région Nord Pas de Calais sous le nom de  7ème salle et on ne peut que saluer cette initiative qui permet de redonner à la salle de cinéma toute sa place dans la diffusion d’une œuvre.


Le lieu devient le fruit d’un consensus et non pas le résultat d’un choix arbitraire ; il redevient aussi un moment de sociabilité en fédérant des affinités électives.


Cette initiative qui part d’internet pour réinvestir un lieu est l’essence-même de l’expérience sociale que permettent internet et les réseaux sociaux. Il participe de ce que Serge Soudoplatoff nomme le codesign (« Le monde avec Internet » editions Fyp p.89) et on peut légitiment penser que la prochaine étape sera la co-création de films de manière collaborative.


Cela risque sans doute de bousculer les circuits classiques de distribution mais on ne pourra que sans réjouir, du moins, tant que la proposition de films reste de qualité…


Première diffusion demain jeudi 14 juin avec le film Blow-Up d’Antonioni

http://www.laseptiemesalle.com/

 

 


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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 14:00

On dit parfois d'un écrivain qu'il n'écrit jamais qu'une seule et même histoire tout au long de ses différentes oeuvres, en est-il de même pour un Réalisateur?

 

Si l'on se réfère à la filmographie de Jacques Audiard ces dix dernières années force est de constater des éléments communs ou pour le moins une mythologie commune interrogeant tout autant la vocation, la filiation, la découverte de soi dans l'affrontement, la solitude et le sang, la confiance retrouvée grâce à l'amour.

 

Ainsi en prenant le détour de l'oeuvre du réalisateur au complet on cerne mieux les ressorts de son dernier film "De rouille et d'os" et là où l'on pourrait ne voir qu'une histoire d'amour entre une infirme et une brute au grand coeur on découvre plusieurs niveaux narratifs et un en particulier.

 

Bien entendu il y a en tout premier lieu la rencontre entre un vigile et une dresseuse d'orques qui permet de découvrir Marion Cotillard dans le rôle de la belle déchue qui va réapprendre à aimer la vie. Rôle presque sur-mesure pour qui est passée d'actrice à icône et souhaite éprouver les limites de sa starification en saccageant sa beauté. 

 

Il y aussi en filigrane une réflexion sur la crise et les moyens d'en survivre, le rappel de la lutte des classes, quelque peu caricatural au demeurant, le "tu es de quel côté?" lancé par la soeur du héros, ce qui tend au passage à démontrer que la veine première d'Audiard n'est pas sociale mais plutôt dans la manière qu'ont de survivre ou revivre ses héros.

 

Il y a surtout, ainsi que dans "Un Prophète" ou "De battre mon coeur s'est arrêté", un questionnement  sur la filiation et l'héritage, car la véritable histoire d'amour de ce film est celle du père et de son jeune fils, de leur incommunicabilité et on a presque l'impression parfois que le film est lui-même hors de son sujet lorsque surgit l'ex-dresseuse d'orques. 

 

N'en déplaise aux esprits romantiques, s'il y a certes une belle histoire entre Ali et Stéphanie, l'inconscient des films d'Audiard, hormis peut-être "Sur mes lèvres" qui est sans doute le plus proche de "De rouille et d'os", est cette question de la filiation, de la vocation. Et les longs moments suspendus que draînent les plans dans les voitures comme un qui rêve au milieu des autres sont les moments les plus précieux d'une âme qui prend conscience d'elle-même en faisant la somme de ce qu'elle est pour mieux se projeter dans ce qu'elle sera - on pense à la très belle scène d'"Un Prophète" qui voit une biche traverser la route -.

 

Cette histoire d'amour entre un père et son fils est d'autant plus forte qu'au moment où il risque de le perdre il le sauve, et le plus beau cri d'amour de ce film ce n'est pas le "je t'aime " fugace lancé au téléphone à Stéphanie, mais le choc de ses poings contre la glace pour extirper son garçon du piège dans lequel il est tombé.

 

L'interprétation lumineuse et athlétique de Matthias Schoenarts porte en exergue jusqu'à cet acmé de l'étang glacé ces corps qui expriment mieux que les mots les sentiments profonds qui nous habitent et on saura gré au cinéma comme en littérature de voir l'inconscient s'exprimer parfois merveilleusement mieux que l'intention première de l'artiste.

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3 juin 2012 7 03 /06 /juin /2012 08:13

Dernier film de David Cronenberg, Cosmopolis suit la lente dérive d'un jeune milliardaire, Eric Packer, au travers des rues d'un New York en ébullition. Assis sur son trône, celui-ci a décidé de traverser la ville à bord de sa limousine transformée en paquebot amiral pour se rendre chez son coiffeur traditionnel et ce malgré les menaces d'attentats qui pèsent sur lui. 

 

Suit alors une série de portraits qui de l'ami au médecin en passant par les conseillers vont permettre de cerner la personnalité du jeune homme et au réalisateur de traquer les moindres caractéristiques de l'hypercapitalisme et de se lancer dans une réflexion sur ce monde qui sombre de sa propre avidité.

 

Porté par le flot de la voiture, ce film, qui est à la limite de l'anticipation, remonte paradoxalement le fil du temps et trouve ses référents- la majesté en moins - dans la chute de l'ancien Régime au 18ème siècle. En effet ces nouveaux gouvernants - il n'y a pas l'illusion d'un système démocratique- se coupent sciemment du reste du monde (voitures blindées, gardes du corps...) et s'interrogent d'avantage sur les prochaines plus-values à réaliser qu'au grondement assourdissant du monde autour d'eux; d'un monde qui se révolte contre cet empire de l'argent.

 

Malgré cette brillante critique du système ploutocratique dans lequel nous vivons Cosmopolis oscille constamment entre chef d'oeuvre et catastrophe narrative; le parti pris de dire plus que d'entendre rend le film considérablement bavard, verbeux et l'on sort étourdi cette logorrhée. 

 

Cronenberg se perd ainsi dans de longues et fastidieuses tirades où l'on cite pêle-mêle Icare, Saint Augustin, comme si le réalisateur tentait d'avantage un essai philosophique sur la fin du monde qu'une oeuvre à voir.

 

Alors que retenir de Cosmopolis? sans doute ce bruit assourdissant de l'extérieur, ce grondement de colère terriblement actuel qui transperce même les vitres les plus blindées, et qui se donne à entendre encore bien longtemps après la fin du film.

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