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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 15:59

Des rentrées littéraires l'on ne garde bien souvent qu'une indigeste impression de trop plein, comme si la surconsommation actuelle avait atteint les livres ainsi que n'importe quel produit sur juchés sur leurs étals. Un trop plein que, si l'on essaie d'en suivre la dynamique intérieure, s'étale hâtivement de septembre à grands coups d'annonces mi-cocasses mi-sérieuses des "grandes" maisons d'édition aux enrubanages de noël.

 

Si, d'autres l'ont très bien écrit, la littérature respire mal ou ne respire plus, on ne peut que s'étonner de ce trimestre autômnale qui fouette et corsete cette "vie littéraire", dont on aime se rappeler en France la quintessence auteuriste, mais qui n'est plus qu'un frisson froid, suranné et rance de vieux sachet de thé.

 

Si la littérature et l'actualité n'ont jamais fait bon ménage, on peut tout de même toujours trouver parmi ces feuilles produites à grandes livrées, le souffle et le vent qui les ont portés jusqu'à notre regard. 

 

Edité en 2010, paru en France en 2012, Freedom de Jonathan Franzen est beaucoup plus que la synthèse inconvenante de ce que l'on nomme un pavé. Et si l'on est quelque peu perdu par la pléthore de détails des premières pages, si l'on ploie sous le nombre incroyable d'informations qui semble s'y déverser, c'est que l'auteur n'emprunte pas un ton rêche et concis, il balaie plutôt le monde, les sentiments, les jugements, dans un incroyable tourbillon, avec un incroyable brio.

 

Le monde justement, ce monde qui est le nôtre est plein semble-nous dire l'auteur, plein de son propre poids, de ses idéaux perdus, de ses contradictions, et à travers l'histoire d'un couple ,Patty et Walter, non seulement Franzen nous rappelle les grandes pages de la littérature russe où l'histoire se mêlait aux protagonistes (Tolstoï, Tourgueniev...), mais sa veine amorale, sa brillante sagacité, le rapproche à la fois des moralistes français du 18ème et son sens historique et héréditaire de la famille des naturalistes tels Zola avec les Rougon-Macquart.

 

Mais la véritable force du roman qui se déploie à l'aune des décisions de chacun des protagonistes familiaux est de ne jamais sombrer dans un seul point de vue et de chercher, ainsi que l'écrivait Bergson, le "point de vue des points de vue". Il est aussi amoral en ce sens où il n'élude aucun sujet ni sentimental ni sociétal sans jamais pour autant verser dans le jugement.

 

Freedom de Franzen n'est pas seulement un livre sur les tribulations métaphysiques d'une famille middle-class américaine, il est, je pense, un vrai reflet de nos modes de vie occidentaux, de notre capacité à survivre sur cette planète que nous assèchons tant écologiquement qu'intellectuellement. Il n'offre pas une nouvelle saga américaine mais une véritable oeuvre historique sur ces 60 dernières années, l'évolution de la société, ses moeurs, mais surtout le flux du temps qui nous emporte, ainsi qu'une feuille au vent mauvais, avant même d'avoir pu répondre à cette simple question: que sommes-nous devenus?

 

Oeuvre historique, certes, mais oeuvre littéraire avant tout, car Jonathan Franzen déploit son propos avec intelligence, sans heurts, il a cette délicatesse des artistes au long cours et c'est au coeur même du livre que l'on pourrait trouver la signification propre à son travail, à son métier d'écrivain, celui qui fait découvrir: "Il y a une tristesse dangereuse dans les premiers bruits produits par le travail de quelqu'un le matin; c'est comme si le silence souffrait d'être brisé".

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