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5 février 2012 7 05 /02 /février /2012 22:17


"On ne peut dominer son oeuvre que si l'on a dominé sa vie" François Mauriac.

    Il est intéressant de constater, à quelque cinquante ans d'écart, comment une vie d'auteur ou la conception que l'on pouvait se faire d'un homme de lettres semble s'être déplacé d'une pratique
morale vers une carrière banalisée. Il serait d'ailleurs tout aussi intéressant aujourd'hui aussi d'observer le désir fait nécessité de se rendre visible sur la toile pour un jeune
écrivain.

Jean-René Huguenin travaillait le sujet de son oeuvre à partir de son propre sujet. Cela ne veut pas dire qu'il partait de sa propre expérience sensible pour la retranscrire dans ses romans, cela
veut dire qu'il y avait une cohérence de style dans le sujet traité et sa propre existence. Par style on entend une certaine manière singulière d'être au monde.
     
Ainsi le tiraillement moral, mais non moralisateur, de cette âme sensible, était le moteur non d'un épanchement mais d'une volonté faite de nerf et de contradictions avec pour soeur le désir
d'atteindre une certaine idée de la perfection: la retenue.

A cet égard on ne peut que conseiller de lire ou relire La Côte Sauvage et le Journal de Jean-René Huguenin, qui, à l'instar d'un Alain-Fournier, restent ces éternels jeunes
hommes doués et fauchés par la Mort.

Quoi qu'il en soit et pour revenir à notre comparaison de départ on observe un singulier renversement de méthode dans l'oeuvre d'Emmanuel Carrère. Ainsi avec des romans tels que
l'Adversaire ou encore récemment Limonov le sujet des romans sont tirés de faits réels et ne sont pas des oeuvres de fiction à partir de faits réels - le
Rouge et Le Noir de Stendhal pourrait à cet effet être un bon contre-point- à tel point que l'auteur s'immisce et apparaît dans la relation avec les personnages principaux, un poète
politique russe d'un côté, le meurtrier de sa famille de l'autre...

Ni récit, ni biographie, ces romans, bien écrits, intéressants, semblent parfois être un journal à l'envers (on pense à certains passages de Limonov où l'auteur narre sa propre
réflexion sur la question du jugement d'autrui); ce qui étonne surtout, en particulier avec l'Adversaire,  récit à la traîne blanchâtre de l'épouvante, c'est de ne pas tirer une
fiction de ces faits, mais de les vampiriser et d'apparaître-même au milieu de la scène avec son propre costume d'écrivain.
     
Sorte de "voix off" au milieu des faits divers, ces livres donnent l'impression d'une incapacité à risquer la création. On pense alors à des titres comme d'autres vies que la
mienne, Je suis vivant et vous êtes morts biographie romancée Philippe K. Dick et on s'interroge si cette voix souterraine qui compose cette oeuvre n'est pas celle d'un
garçon intelligent et bien élevé arborant la littérature comme passagère clandestine de la vie, risquant le je au travers d'autres vies que la sienne quand Huguenin fait lui du conflit intérieur l'essence même de l'écrivain.


 





 


 


 


 


 


 

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