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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 20:34

Ce qui frappe dans le film "Black Swan" de Daren Aronofsky ce ne sont pas tant les fêlures psychologiques d'une jeune danseuse, fêlures qui finiront par ployer sous une schizophrénie paranoïde, mais sa noirceur - au sens esthétique- sa performance - au sens sportif- et l'idée d'un corps mutant.

 

Ces trois caractéristiques font de "Black Swan" un film éminemment contemporain c'est à dire reflet de son époque. On se fourvoierait d'ailleurs à ne voir que la part psychologique, la rivalité presque adolescente de l'héroïne Nina avec une autre danseuse, une mère névrotique nourrissant une ambition à la mesure que fut son propre échec sur le même chemin, ou encore le rapport quasi incestueux entre Nina et son professeur.

 

Esthétiquement le réalisateur recouvre son film d'un intéressant damier où le noir et le blanc, en filigrane de la rivalité entre le Cygne blanc et le Cygne noir du ballet Le Lac des Cygnes, se retrouve quasi dans tous les plans. Le film est beau et on sent le professionalisme, ou le maniérisme c'est selon, jusque dans les moindres détails.

 

Et c'est lorsqu'il aborde le travail du corps de la jeune danseuse que le film exploite au mieux son propos et trouve cette part contemporaine citée plus haut. Au-delà du travail de Nathalie Portman pour habiter son personnage - on pourrait même voir ce film comme l'archétype de la méthode de Stanislavski - c'est la référence inconsciente au sport, à la performance qui rejaillit, comme s'il n'existait pas d'épanouissement artistique autrement que par une sévère discipline et dont le but ne serait pas d'atteindre ce que l'on nomme le sommet de son art mais de provoquer la confusion la plus totale entre l'intérprète et son personnage.

 

On sent que Daren Aronofsky maîtrise son sujet justement et emmène le film là où il aura souhaité l'emmener, par la construction psychologique d'une jeune femme pas tout à fait sorti de l'enfance, par la mise en abyme entre le ballet et la schizophrénie de celle-ci, par un très bon casting, mais la portée et l'intérêt de ce film ne sont pas tant par ce qu'il développe et les personnages qu'il met en scène; l'intérêt de ce film est de traduire au travers la chair de cette danseuse la finalité inconsciente que porte notre monde contemporain à l'art: Une performance, une mutation, une confusion.

 

Il ne s'agit donc plus ici d'ouvrir vers une lumière critique ou une grâce retrouvée, mais d'exploiter les ressources maximales de notre première matière, à savoir notre corps, et au lieu de s'élever, de précipiter confusément notre essence vers un abyme destructeur.

 

 

 

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