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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 14:00

On dit parfois d'un écrivain qu'il n'écrit jamais qu'une seule et même histoire tout au long de ses différentes oeuvres, en est-il de même pour un Réalisateur?

 

Si l'on se réfère à la filmographie de Jacques Audiard ces dix dernières années force est de constater des éléments communs ou pour le moins une mythologie commune interrogeant tout autant la vocation, la filiation, la découverte de soi dans l'affrontement, la solitude et le sang, la confiance retrouvée grâce à l'amour.

 

Ainsi en prenant le détour de l'oeuvre du réalisateur au complet on cerne mieux les ressorts de son dernier film "De rouille et d'os" et là où l'on pourrait ne voir qu'une histoire d'amour entre une infirme et une brute au grand coeur on découvre plusieurs niveaux narratifs et un en particulier.

 

Bien entendu il y a en tout premier lieu la rencontre entre un vigile et une dresseuse d'orques qui permet de découvrir Marion Cotillard dans le rôle de la belle déchue qui va réapprendre à aimer la vie. Rôle presque sur-mesure pour qui est passée d'actrice à icône et souhaite éprouver les limites de sa starification en saccageant sa beauté. 

 

Il y aussi en filigrane une réflexion sur la crise et les moyens d'en survivre, le rappel de la lutte des classes, quelque peu caricatural au demeurant, le "tu es de quel côté?" lancé par la soeur du héros, ce qui tend au passage à démontrer que la veine première d'Audiard n'est pas sociale mais plutôt dans la manière qu'ont de survivre ou revivre ses héros.

 

Il y a surtout, ainsi que dans "Un Prophète" ou "De battre mon coeur s'est arrêté", un questionnement  sur la filiation et l'héritage, car la véritable histoire d'amour de ce film est celle du père et de son jeune fils, de leur incommunicabilité et on a presque l'impression parfois que le film est lui-même hors de son sujet lorsque surgit l'ex-dresseuse d'orques. 

 

N'en déplaise aux esprits romantiques, s'il y a certes une belle histoire entre Ali et Stéphanie, l'inconscient des films d'Audiard, hormis peut-être "Sur mes lèvres" qui est sans doute le plus proche de "De rouille et d'os", est cette question de la filiation, de la vocation. Et les longs moments suspendus que draînent les plans dans les voitures comme un qui rêve au milieu des autres sont les moments les plus précieux d'une âme qui prend conscience d'elle-même en faisant la somme de ce qu'elle est pour mieux se projeter dans ce qu'elle sera - on pense à la très belle scène d'"Un Prophète" qui voit une biche traverser la route -.

 

Cette histoire d'amour entre un père et son fils est d'autant plus forte qu'au moment où il risque de le perdre il le sauve, et le plus beau cri d'amour de ce film ce n'est pas le "je t'aime " fugace lancé au téléphone à Stéphanie, mais le choc de ses poings contre la glace pour extirper son garçon du piège dans lequel il est tombé.

 

L'interprétation lumineuse et athlétique de Matthias Schoenarts porte en exergue jusqu'à cet acmé de l'étang glacé ces corps qui expriment mieux que les mots les sentiments profonds qui nous habitent et on saura gré au cinéma comme en littérature de voir l'inconscient s'exprimer parfois merveilleusement mieux que l'intention première de l'artiste.

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