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14 novembre 2011 1 14 /11 /novembre /2011 23:49

 

Le choix d’un titre, au cinéma, tout comme en littérature, est une indication, une orientation que nous donne, parfois à leur corps défendant, l’auteur,  le réalisateur, voire le producteur.

 

Un amour de jeunesse, film écrit et réalisé par Mia Hansen Love, contient dans son titre-même l’essentiel de son sujet il s’agit donc « d’un », d’un amour peut-être parmi tant d’autres, au cours d’une période donnée : « la jeunesse ».

Il y a, dès le choix de ce titre, le risque d’édulcorer la teneur du film en précisant qu’il ne s’agit peut-être que d’un sentiment passager vécu à une période, certes charnière dans la constitution de la personnalité, mais somme toute très brève.

 

Nous revoilà plongés dans les années 90, dernière décennie où une relation amoureuse n’est pas encore  étiolée par la somme de sms et d’emails échangée. Retour aux lettres d’amoureux et, regain nostalgique ou non, il est intéressant de voir que l’héroïne aurait l’âge de la réalisatrice à cette époque-là.

 

Le pitch du film pourrait être assez simple, une jeune femme, presqu’étudiante, aime passionnément un jeune homme qui l’aime aussi mais décide de partir à l’aventure en Amérique du sud et de la laisser à quai.

 

Malgré un thème un peu convenu Mia Hansen Love peint de façon très fine le sentiment de désamour de la jeune fille, son abaissement même pour rester auprès de l’être aimé, on pense notamment à la scène tournée dans la maison de campagne où elle marche vers lui comme un chaton éploré.

 

Le thème de la chair est aussi très bien abordé, sans verser dans un érotisme ou un simulacre pornographique, la réalisatrice touche la pierre angulaire de la relation de façon très fine et démontre par là le malentendu qui subsiste entre les 2 protagonistes sur ce point-même. Ce malentendu est d’ailleurs souvent la base de toute première grande relation affective et il est ici très bien filmé.

 

Pourtant tout semble un peu convenu dans cet univers très « artistique » et ce malgré la très belle présence de Lola Creton qui éclaire le film d’un jeu profond et simple à la fois ;  en effet avait-on besoin que la jeune femme devienne étudiante en architecture  avec de longs poncifs sur l’art et le monde? Que son professeur soit finlandais ou allemand ? Comme si, au hasard, avec une étudiante en médecine ayant une relation avec son professeur espagnol, le sentiment et l’interrogation face au monde eurent été moindre.

 

N’eût-il pas été plus intéressant de donner au jeune homme le premier rôle ? Suivre un garçon avide de chair et de désir, devant lutter contre sa consommation – tant physique que psychique- de la jeune femme. Les premiers plans montrant le jeune homme cherchant des préservatifs donnaient pourtant une première indication.

 

Il n’aurait plus été question du désamour, du désarroi d’une nouvelle Pénélope, mais du tiraillement permanent d’un jeune homme, sa lutte intestine entre l’envie d’aimer et celui de posséder, puis la fuite comme seule recours.

 

De plus la réalisatrice ne prend pas de risque avec son personnage principal, elle lui propose, une très juste et très douce, réconciliation avec et par la nature – même si l’on ressent là encore une confusion entre la vie personnelle de la réalisatrice et son œuvre -  quand on aurait pu suggérer un abandon de l’aimante dans la multiplicité des corps et des amants pour oublier, ou retrouver, ce sentiment, ce premier sentiment d’amour.

 

Si Un amour de jeunesse  traite très justement du sentiment de manque et de désamour, il n’émeut guère finalement peut-être à cause d’un univers (la nature, l’architecture, la fac…) trop signifiant pour être naturel.

 

 

On aimerait alors jeter un pont entre cinéma et littérature. Ainsi Pascal Guignard dans Les Solidarités Mystérieuses aborde ce même « Grand Amour ».


L’écrivain part aussi d’un amour de jeunesse et d’un point de vue féminin, Claire, mais traite celui-ci de manière beaucoup plus vaste, beaucoup plus complexe. Ainsi le sentiment de possession de l’être aimé, sa globalité fondue dans le lieu où il habite jusque dans les plus petits ustensiles lui appartenant, est posé sobrement et avec une grande acuité. Très vite on comprend qu’il n’y aura pas de conciliations et on suit avec intérêt, voire inquiétude, le chemin ladre de Claire dans son désir totalisant- elle ira jusqu’à racheter toutes les terres environnant le lieu où son amant périra -

 

Il n’y a pourtant pas là de nouvelles Adèle H, car la force du livre de Pascal Guignard, est d’introduire un élément clef, une sorte de de double qui n’est autre que le petit frère de Claire et met en exergue l’amour fraternel et solidaire face à l’amour absolu et assourdissant.

 

De plus, en multipliant les voix, Pascal Guignard, nous permet aussi de mieux appréhender le sujet, la femme aimante errante sur les paysages drus de la Bretagne, évitant ainsi de ressembler à ce qui aurait pu être un nouveau « Paulina 1880» un murmure tremblant au seuil de la folie. Là, il s’agit d’avantage de l’ouverture folle d’un esprit submergeant le monde d’un amour irréel. « Mais je doute qu’il (l’amant) ait jamais compris le film où il avait obtenu pourtant le premier rôle »


Son style dépouillé est empreint de poésie comme si, taillé au cutter, il épousait le souffle court de l’héroïne, de ses errances et l’on sent chez Pascal Guignard une grande aisance à serpenter entre les objets et les atmosphères et les lier en un coup vif un peu comme s’il eut racé son style aux côtés de Francis Ponge.

 

Les solidarités mystérieuses  est un très beau livre, minéral dans sa composition, il sonne juste et l’on entend encore longtemps après sa lecture le pas de verre de l’héroïne errant sur les roches le visage taillé par les vagues.

 

 

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