Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 18:15

A l'heure de l'immédiateté et de l'interaction permanente, le cerveau étant pris dans l'étau de la surinformation et de la disponibilité à tous crins, les usages des nouvelles technologies semblent avoir rendu désuet l'art de lire sans interruption un livre dans son format papier.

 

Sans doute des études de cognitivistes voient-elles déjà le jour sur cette surconsommation et irruption d'informations et leurs conséquences dans le cheminement de la pensée.

 

Dès lors on peut s'interroger à l'aube de XXIème siècle hyper-connecté succédant au XXème siècle de la sur-consommation et de la réification sur la place du songe dans notre appréhension du monde.

 

Le terme songe étant pris à dessein face à celui de rêve qui n'est que trop marqué, connoté, comme d'un idéal à atteindre ou une douce rêverie.

 

Quel enseignement, quel plaisir, quel message, peut encore nous prodiguer la lecture d'un auteur comme Gracq, quand, à la seule ouverture de ses oeuvres, reparaît déjà le charme surrané de la découpe d'un livre?

 

Celui qui s'était levé contre une "littérature de magister" (note à La littérature à l'estomac) et qui, tout au long de la deuxième moitié du XXème siècle, a tenu une place à part dans le paysage littéraire français, se plaçant, altier diront certains, hors-champ tout en étant pleinement dedans, a sans doute le mieux décrit cet état de tension et d'éveil que vient gréver un songe.

 

L'ouverture du chapitre "Une poussée de fièvre" du Rivage des Syrtes est en cela saisissant: "C'est qu'une brèche s'est ouverte pendant notre sommeil, c'est qu'une paroie nouvelle s'est effondrée sous la poussée de nos songes" ou encore ce passage d'Un balcon en forêt (p.154):"Quand Gange se réveilla [...] sa première impression fut moins celle de l'éclairage insolite que d'un suspens anormal du temps". Quelque chose vient soudainement nous arracher à une trop commode routine.

 

Pour autant s'il décrit le songe et le rêve Gracq n'en fixe pour autant pas de "vertiges", il semble rester en-dehors de cet état tout en décrivant la force persuasive, l'influence, de celui-ci sur ses personnages, comme c'est le cas avec le rêve menaçant d'Henri dans un Beau Ténébreux (p.231). Son style n'appelle pas, à l'instar de Novalis, d'un "monde qui se fera rêve" (cf. le dernier chapitre "Novalis et Henri d'Ofterdingen"de Préférences) sans doute parce que Gracq se poste au bord du gouffre comme pour mieux le sonder de son regard pénétrant, de sa rêche lucidité, sans pour autant y plonger tout entier.

 

Quoi qu'il en soit la lecture de Gracq, empreinte comme tous les auteurs ayant vécu la montée de la deuxième guerre mondiale, d'une menace imminente, nous rappelle à quel point le songe, s'il n'est pas pris dans son acception de douce et futile rêverie nous arrache à notre perception quotidienne et routinière des événements et ouvre les portes d'un autre possible à l'intérieur même de notre réel et nous fait "vivre maintenant pour de longs jours comme dans une chambre familière dont la porte battrait sur une grotte". 

Partager cet article

Repost 0
Published by loeiletlolive.over-blog.com
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de loeiletlolive.over-blog.com
  • Le blog de loeiletlolive.over-blog.com
  • : cinéma indépendant
  • Contact

Recherche

Liens