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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 14:20

Renaître ou disparaître: c'est en substance ce que semble répondre deux films français à la crise des vocations. De battre mon coeur s'est arrêté (Fr. 2005) tout comme L'homme qui voulait vivre sa vie (Fr. 2010) abordent tous deux cette crise qui affectent deux trentenaires l'un pour ce qu'il aurait aimé être (L'Homme...) et l'autre, en plaçant l'oeuvre sous l'angle de l'héritage, de ce qu'il aurait dû être (De battre...), tous deux interprétés par Romain Duris.

On pourra s'amuser de la longueur inhabituelle des titres mais dans les deux cas ils posent de manière explicite une volonté de changement voire d'arrachement (L'Homme...) ou de façon elliptique une mort symbolique (De battre...).

Il est tout aussi curieux qu'à 5 ans d'intervalle, on devrait d'ailleurs se pencher sur l'influence du casting, de retrouver la figure tutélaire du père joué par Niels Arestrup - même si elle est plus symbolique que réel dans L'Homme...- et celle du fils joué par Romain Duris. Niels Arestrup jouera d'ailleurs encore le rôle du père spirituel dans une autre forme d'héritage qu'incarne Un prophète de Jacques Audiard.

Il faudrait s'interroger ainsi plus longuement sur la figure sociale que remplissent certains acteurs (ici Niels Arestrup et Romain Duris) dans l'inconscient social sorte d'archétype ou idéal type d'une figure ou emprisonnement dans le pire des cas pour un comédien.

Dans L'Homme qui voulait vivre sa vie on suit plus l'errance d'une âme en peine (la bande son et la musique sont à cet égard très réussis) que la volonté véritable d'un homme bien décidé à choisir sa vie, à imposer ce qu'il porte en son for intérieur quitte à remettre en cause le confort de vie dans lequel il s'est engoncé. En cela, cette prise de décision par défaut, peut surprendre le spectateur et le laisser sceptique dans ce qui aurait été une libération à proprement parler et qui n'est plus au final qu'une simple substitution; car le personnage principal, Paul Exben, vit sa libération par procuration. Il fuit et ayant fondé sa fuite, qui aurait dû être un acte d'engagement, sur un meurtre, là encore meurtre fortuit, le film est le parcours d'une âme qui se délite dans l'immensité des possibles d'une liberté. Esprit devenu insaisissable cherchant à disparaître à  tous prix pour vivre ce qui lui semble être sa véritable vie, celle d'un photographe professionnel, il ne fait que réaliser, à l'instar d'une tragédie grecque, ce qu'il fuit. Malgré la complexité de rendre compréhensible cette âme en déshérence il n'en reste pas moins qu'une somme de petites scènes (l'apparition d'une amie dans la rue) ou même la présence de certains comédiens (Catherine Deneuve) ne semblaient pas indispensables et ne permettent pas de gagner en lisibilité sur l'oeuvre.

De battre mon coeur s'est arrêté, propose un tout autre parcours, celui du réveil, celui de la renaissance. En effet, Tom, vit dans l'univers un peu tordu des coups immobiliers, il semble suivre les traces de son père, oubliant l'héritage précieux maternel.

Tom essaie de réinvestir le champ de l'art (le piano) qu'il avait délaissé, au contraire du héros de l'Homme qui souhaite l'habiter comme un envers négatif de son propre réel. Tom se confronte là où Paul fuit, le mouvement d'empathie est plus aisé pour le spectateur, mais il est intéressant de voir ces deux personnages se compléter dans leur envie de quelque chose d'autre. L'un et l'autre échouant au final, Tom parce qu'on ne peut revenir sur ce qui est irrémédiablement perdu mais renaît par un mouvement de réconciliation; Paul car on ne dessine pas un nouvel horizon, on ne fonde rien, sur la substitution ou la disparition.

Ces deux films abordent un thème très contemporain des vocations, avortées ou tardives, avec une belle maîtrise dans la réalisation dans les deux cas, même si Jacques Audiard a une indéniable maîtrise dans les moments de rêverie.

Il faudrait pouvoir décrire ces moments  en suspension que sait peindre Audiard, notamment dans Sur mes lèvres avec Emmanuelle Devos, où l'âme du personnage principal revient à elle après un moment de rêverie.

L.O.D

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