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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 19:57

On doit bien avouer qu'il y avait quelque impatience à voir le dernier film de Sofia Coppola; s'il n'est jamais évident d'être le fils ou la fille de, force est de constater que Sofia en réalisant les deux petits bijoux que sont Virgin Suicides et Lost in Translation, semblait ne rien devoir à personne.

Pourtant avec Somewhere on est bien en droit de se poser la question de l'inspiration actuelle de la réalisatrice. Derrière le thème des relations père/fille - thème en filigrane dans Lost in Translation - et figure de la relation homme-femme dans ses films le parti pris semble avoir été pris de disséquer, non pas de manière clinique mais quelque peu humoristique, la vie d'hôtel d'une star de cinéma d'actions.

Cette réalisation, truffée de scènes où l'humour frôle parfois l'absurde (le masseur, la rencontre avec Benicio del Toro...) révèle une volonté manifeste de montrer ce qu'est l'envers de "la vie rêvée des stars" tout en se préservant de cette même way of life, de là ressort tout de même un point de vue un peu hautain où mademoiselle Coppola serait en mesure de nous dire ce qu'est le vrai cinéma, qui sont les vrais et authentiques personnes qui le composent.

Sur le thème de la "folle vie débridée"  on aura d'ailleurs une préférence pour Célébrity de Woody Allen.

En suivant Stephen Dorff, dont la prestation est tout de même honorable - il n'est jamais évident de jouer à plus bête que l'on est - marque le pas de notre attente, il l'incarne. Sa solitude, ses errances... tout se conjugue, ou plutôt glisse entre ennui et agacement. Mais Johnny Marco n'est pas un héros sorti tout droit de l'oeuvre de Schopenhauer ou encore de Kierkegaard; il n'y a pas dans ce film un sentiment d'élévation vers quelque chose d'autre, comme si de l'ennui n'aboutissait qu'un nouvel ennui, pas de questions métaphysiques sur le néant ou l'existence de Dieu; peut-être tant mieux. L'arrivée de sa jeune fille aurait dû tout bousculer, elle ne fait que surligner le burlesque de la vie de cette star. Rien ne semble le sauver et les quelques scènes de complicité avec sa fille relèvent du clip musical, mais est-ce étonnant lorsque l'on connaît le compositeur interprète de la bande-son?

Bref que dire sinon que l'on quitte ce film avec un goût un peu d'inachevé, la scène finale étant en ce sens symptomatique de l'homme recouvrant sa liberté et joue inconsciemment avec tous les codes d'une pub d'after shave (le sourire, la nature, la voiture de sport...); Sofia voulait-elle vraiment faire se film ou tout a-t-il été achevé pour correspondre à une stratégie de communication et lancement (il faudrait compter le nombre de couvertures et d'articles même dans la presse non-spécialisée)? ce dont je doute quand même.

A contrario si l'on optait pour une lecture structuraliste de cette oeuvre il serait intéressant de voir comment ce film se positionne comme un a priori de classe sociale au sein même de son thème.

On notera peut-être que les personnages féminins de Sofia Coppola dans l'ensemble de ses 4 opus sont blonds comme s'il y avait une asymétrie surlignée entre la réalisatrice et ses personnages, que les jumelles stripteaseuses incarnent de manière excellente notre société de consommation et l'indéfini (et non l'infini) des corps fantasmés.

Somewhere, Nowhere, objet identifié et sans saveur peut-être arrêt inopiné d'une réalisatrice majeure ou terminus final...

 

à suivre...

L'Oeil et L'Olive

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Mike 17/08/2011 16:25


Vous êtes vous déjà assis loin d'une fenêtre pour regarder les nuages? Ce large mouvement derrière un objet fixe donne une sensation d'étrange. J'ai eu la même sensation en sortant de
« Somewhere ».

La théorie du paradigme ontologique au cinéma propose de s'orienter vers la recherche de la vérité en tant qu'essence métaphysique. Son objet est alors de suggérer et non de démontrer, ce que fait
Sofia Coppola dès la première scène où la voiture de sport passe dans le champs de la caméra, en sort, y re-rentre, donnant ainsi le rythme du film: lisse. Lisse comme les émotions de l'acteur dont
on ne peut différencier ses joies, ses peurs, ses peines. Ne pouvant distingués ces émotions l'on se sent perdu dans la compréhension de ce personnage vide, ce qui finalement est le thème principal
du film, perdu. Après Lost in translation, Somewhere aurait pu s'appeler Lost with no translation ou Nowhere. Avec Somewhere comme titre, au moins il y a un peu d'espoir.

C'est le sentiment que l'on a du personnage principal: perdu, dans un vide existentiel derrière un confort matériel, où il deshumanise les relations aux autres (le strip-tease où il s'endort ou en
restant à l'écart des relations entre sa fille et son ami), se forçant presque n'éprouver aucune émotions (pour ne pas en souffrir?). Ce personnage apathique est dans le contrôle extrême de ces
émotions jusqu'à ne plus en avoir, c'est peut être pour cela qu'il est acteur dans le film.
Mais comme dans toute histoire, voilà l'élément perturbateur, sa fille. Blonde comme Sofia certes mais qui interprète magnifiquement le complexe d'Oedipe. La petite ingénue, rôle récurent dans les
films de Sofia, fait sortir son père de son vide intérieur. Un thème très travaillé (peut être trop dans ce film)parmi les grands thèmes de l'art américain: le sentiment de vide et d'errance, le
Born Again, la relation aux autres vue uniquement du côté dévorante, le confort matériel, comme l'ont déjà démontrés Streinbeck, Ford, Miller, Allen, le blues, la soul …
L'approche de ce thème me rappelle « l'étranger » d'Albert Camus, à la différence qu'ici l'homme absurde se transforme en homme révolté, ou en train d'exister. Il devient libre. Cependant
j'avoue que le mécanisme dans ce film m'échappe un peu.

Du point de vue de la forme de l'oeuvre, le réalisme de la vie intime d'une star et la caméra toujours fixe obligent le spectateur à devenir voyeur, n'offrant pas de personnages auxquels il
pourrait d'attacher, ce qui contribue à développer un côté déroutant. Les dialogues sont intéressants, mais les longs silences permettent aux spectateurs de se concentrer sur l'émotion que leurs
procurent des images en plan fixe, comme un défilement de photos.

Il est vrai cependant que la fin fait pub pour After Shave. Le personnage a un tel besoin de nature, de sensations naturelles, presque de naturopathie, d'un retour à l'état l'essence, comme un bébé
à sa première respiration.

Permettez moi de penser que ce film est un grand film car il touche notre capacité à percevoir et à éprouver. La fin n'a pas un goût d'inachevé (c'est Sofia Coppola quand même) mais un goût
d'errance.

Ps: je n'ai pas compris votre phrase: « ce film se positionne comme un a priori de classe sociale au sein même de son thème ».


LD 22/08/2011 22:52



Bonjour,


 


tout d'abord merci pour votre message.


Je partage assez bien votre réflexion sur la suggestion et non la démonstration; je ne sais après si l'on peut rapprocher tout cela d'un mouvement conscient de la réalisatrice vers une geste
métaphysique mais il est vrai que cette première scène donne le tempo - le ton dirait-on dans d'autres domaines - ou à tout le moins une indication.


Je suis aussi assez d'accord sur le manque de relief, à dessein, du personnage principal, son côté lisse, son inaptitude à accrocher le réel. Pour autant je ne suis pas si convaincu d'une
relation oedipienne avec l'irruption de cette jeune fille qui, il est vrai, vient si soudainement interroger le rapport qu'a son père avec le monde. Je me rapprocherai plutôt de ce que l'on nomme
communément le complexe de Peter Pan, cet infantilisme qui le rend sourd à toute relation et qu'elle ne fait que mettre en relief.


En relisant votre message il m'a semblé que le thème sous-jacent à l'analyse de ce film était avant tout la difficulté de filmer ou produire, c'est selon, une oeuvre qui se focaliserait sur la
vacuité d'une existence. Cette difficulté naît de la différence entre le sujet et le style, dans quoi enveloppe-t-on le rien pour le débusquer? Et, pour ma part, je n'ai pas été fondamentalement
convaincu du style dans ce film.


Pour le moins notre échange m'aura donné envie de revoir ce film et, curieusement, quelques toiles de Magritte.


 


Ps: concernant la phrase mentionnée celle-ci est effectivement mal tournée. Nous voulions exprimer le fait que ce côté oisif et sans saveur de la vie de star semblait, peut-être à tort,
manquer d'un peu d'authenticité, qu'il était plus le reflet convenu d'un "entre soi convenu" de gens du même microcosme qu'un happy few (a contrario on pourrait prendre la scène de
Tournée où toutes les comédiennes se retrouvent dans un hall d'hôtel autour d'une guitare).


 



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