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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 18:05

Il y a beaucoup de délicatesse et finalement de pudeur dans la manière qu’a Mathieu Amalric de dépeindre, filmer et finalement tourner ses comédiens qui, tout au long de ce film, n’auront de cesse de s’effeuiller. Ce retour au corps qui se met en scène et qui est un grand pied de nez aux canons aseptisés et matraqués par la publicité n’est pour autant pas l’objet principal de ce film. Il n’y a pas là de prise de position affirmée, que ce soit pour le New Burlesque ou contre le conformisme de notre société de consommation, consommation culturelle notamment.

Le personnage principal affublé d’un nom digne des plus grandes familles du cirque –Joachim Zand – part à la reconquête de ce qu’il fut ou aurait voulu être (voir à cet effet la courte mais très réussie apparition de Pierre Grimblat incarnant la figure cynique de cette supposée réussite). Joachim affublé aussi d’une moustache comme un qui reviendrait métamorphosé, qui chercherait à se défendre, offre à sa petite tribu d’artistes américains le tour d’une France des sous-préfectures, les bords d’une France qui s’éloigne irrémédiablement de Paris, du Havre à Toulon en passant par La Rochelle (cf. le demi-cercle dessiné sur un plan dans le train avec du rouge à lèvres).

Cette troupe joyeuse et pétillante Mathieu Amalric la tourne dans l’envers du décor, avec l’anxiété du metteur en scène-producteur qui souhaiterait que tout cela « réussisse » pour reprendre les rênes d’une carrière interrompue, puis qui, par malchance ou chance c’est selon, va redécouvrir la quintessence d’une troupe, sa vie errante et au final admettre au fin fond d’un hôtel abandonné que la troupe qui l’a créé est sa véritable famille et réussite.

Cette tribu qui a des airs de famille recomposée sait s’entourer d’une certaine atmosphère bohème ; il y a de la détente, de la dilatation du temps, que seules connaissent ceux qui sont en « tournée », non enfermées dans un quotidien répétitif ; mais il y a aussi pour beaucoup le mal-être -mal du pays pour la comédienne loin de son pays natal-  mal-être tout court de celui qui n’est pas reconnu.

Tournée est l’exact envers de Nine de Rob Marshal avec Daniel Day Lewis et une pléiade de stars féminines. Le seul bruissement inutile que l’on retrouve dans Tournée ce sont les musiques d’hôtel, les télévisions qui hurlent,  que le réalisateur-interprète fait éteindre de lui-même.

Un très beau film peut-être même encore plus sur l’authenticité des rapports humains que sur un certain « envers du décor ».

 

O.

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