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30 août 2012 4 30 /08 /août /2012 19:55

De l’excellent cru cinématographique 2011 un film aux allures de roman post-moderne, que n’aurait sans doute pas renié un Houellebecq - du moins sur le thème plus que sur le traitement-, a surgi ainsi qu’un souffle hoqueteux de désir vicié, un claquement capiteux et nauséabond d’élixir perdu.

 

Shame d’Alexandre McQueen aborde le thème de l’addiction sexuelle au travers d’un personnage masculin interprété par Michael Fassbender.

 

Ce film peut  décevoir, notamment ceux qui, sous des prétextes cinématographiques, pensaient voir à moindre frais des scènes érotiques ; nous ne sommes plus à l’époque de Basic Instinct et le porno suinte à chaque coin de rue, à chaque onglet de page internet ; le cinéma ne révèle plus l’interdit dans les salles obscures ; l’obscur est, quant à lui, en libre-service.

 

Ce film peut gêner ou laisser une impression mitigée, cela est sans nul doute lié au traitement clinique qu’en fait le réalisateur. A aucun moment nous ressentons une quelconque empathie pour son personnage principal. En effet, Steve McQueen ne prend pas le parti de sauver son héros il démontre les mécanismes complexes de la dépendance, les rouages sournois de l’addiction, en cela  identiques à ceux de l’alcool et de la drogue, où chacun, souhaitant revivre l’extase de la première bouffée, de la première ivresse, augmente à chaque fois un peu plus la dose.

 

Mensonge, solitude, paranoïa, voyeurisme, rien n’est laissé de côté, et une somptueuse bande-son accompagne le personnage principal dans ses errements. Et, ce qu’il y a de remarquable dans ce film, en plus de la prestation – sans jeu de mots- physique de Michael Fassbender, c’est le cercle vicieux dans lequel celui-ci tombe : il ne peut plus consacrer de relation normale avec autrui,  en particulier avec la gent féminine, sans se référer inconsciemment aux images pornographiques qu’il a vues. Plusieurs scènes, notamment sur ses propres pratiques sexuelles, sont en cela significatives et posent d’ailleurs de manière très troublantes la trace cognitive que laisse dans nos cerveaux ces images et actes pornographiques ; on pense aussi à  la tentative de flirt qu’il a avec une de ses collègues, relation qui sombre quasiment dès son commencement. L’incommunicabilité dans lequel le place son addiction le rend tout autant affligeant et il lui faudra aller jusqu’au bout de la souillure de soi pour qu’il réalise à quel point il est malade.

 

Car si ce personnage est aussi antipathique c’est aussi parce  qu’il ne s’aime pas et ne peut, par conséquence, aller vers autrui sans être pourri par sa dépendance. Cependant, et c’est une des faiblesses du film, si le réalisateur entrouvre, notamment par le biais de la sœur du personnage, les raisons psychologiques et historiques de celui-ci qui auraient pu le faire aboutir à cela, McQueen referme aussitôt la porte. Au moins n’adopte-t-il pas ce réflexe très anglo-saxon d’aller chercher uniquement des ressorts psychologiques pour expliquer son comportement.

 

Non, ce que nous livre McQueen, notamment par la très intéressante scène finale du métro, miroir de la toute première, c’est que l’addiction sexuelle est aussi liée aux référents de notre société qui consomme désormais le corps comme tout autre produit de consommation. Et si le réalisateur nous laisse sans nous indiquer le choix que fera son héros principal, c’est que son propos n’est pas de nous offrir la chute puis la rédemption d’un drogué, ni même une réflexion sur le libre-arbitre, mais un instantané vertigineux pour qui le piège d’une société de consommation se referme sur soi, car, pour reprendre les propos de Cioran « être c’est être coincé ».

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:16

Au vu du battage, voire du matraquage, publicitaire de ces dernières semaines The Dark Knight Rises, un des blockbusters de l'été, était très attendu et malgré une distribution de haut vol, une bande-son impeccable et des plans incroyables, le résultat est décevant.

 

Il est décevant car on ne sait pas comment en finir avec ce héros contemporain qui traîne sa mélancolie tel un personnage romantique du 19ème et dont il a par ailleurs tous les attributs de l'enfance orpheline au château gothique. Alors on fait durer tout au long de ces 2h40 la rédemption de Bruce Wayne - batman n'est plus anonyme- et on lui trouve un improbable adversaire: Bane. Celui-ci, digne des meilleurs jeux d'arcade du type Mortal Combat, va livrer une prestation sur le mal absolu, mais nécessaire comme il le dit lui-même, avec une finesse digne d'un éléphant dans une baignoire.

 

Alors on frissonne moins de voir cette boule de muscle incarnée la destruction de toute notre société occidentale que de retrouver à nouveau un film contemporain se délecter de la destruction totale de notre civilisation. N'y aurait-il pas une fascination contemporaine au catastrophisme?

On se demanderait presque, à force de prise d'otages et d'attentats, si ce film ne serait pas une extension grotesque de l'actualité permanente que nous déverse CNN par exemple. 

Là où il y a 13 ans un film comme Fight Club, rejoignant le même nihilisme dans son appréhension du capitalisme, proposait une intéressante réponse individuelle et esseulée, on assiste dans cet opus à une critique à l'envers de ce que le héros principal doit défendre: la justice et la paix. Seul le mal peut combattre le mal et le vaincre...

 

Et à la question de savoir s'il est de gauche ou de droite (cf l'article du monde http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/08/01/le-batman-de-chris-nolan-est-il-de-gauche-ou-de-droite_1740638_3246.html) on répondra qu'il ne se préoccupe pas tant de valeurs sociétales et qu'il est profondément fascisant. On s'interroge même sur la nécessité dans le scénario d'avoir voulu in fine donner un "visage" humain à Bane en narrant sa véritable histoire, comme si ce revers psychologique devait justifier son attitude de tyran psychopathe. 

Sans doute ce film souffre-t-il des 2 opus précédents et particulièrement du tout dernier The Dark Knight qui confinait au chef-d'oeuvre avec la prestation lumineuse de Heath Ledger en Joker.

Cela étant il reste intéressant dans sa façon de revisiter les référents majeurs de la révolte en accomplissant ainsi ce que l'on pourrait nommer un "inconscient historique" :

  • La terreur révolutionnaire avec un juge inique
  • La révolution bolchévique de 1917 avec la levée d'une armée du peuple
  • La guerre de secession avec la mêlée guerrière des 2 armées

 

Mais que retiendra-t-on au final de ce  film? Hormis d'excellents seconds rôles interprétés tels Anne Hathaway pour CatWoman ou Joseph Gordon-Lewitt en futur Robin, on se demande s'il ne serait pas plus judicieuxde revisiter les épisodes précédents beaucoup plus fins notamment dans la construction des personnages.

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 20:46

Face à la profusion des festivals de court-métrages et à la capacité de tout un chacun de "réaliser", c'est à dire tout simplement de filmer, de singulières initiatives ont vu le jour permettant d'extraire du déversoir à images auquel nous sommes quotidiennement soumis de véritables pépites; on aurait écrit en d'autres temps trier le grain de l'ivraie.

 

Ainsi l'association Dick Laurent (http://www.dicklaurent.eu/wordpress/?p=2537),  qui sévit dans le Nord, réalise depuis 3 ans un appel à projets ou plutôt "Kino" pour lesquels les réalisateurs ont 3 mois pour répondre à un film et 3 contraintes.

 

Cette initiative a permis à de nombreux films d'être diffusés aux Beaux-Arts de Lille et dans des cinémas indépendants que sont l'Univers (http://lunivers.org/)  et le Kino (http://www.kino-cine.com) et surtout de découvrir quelques pépites comme, lors de cette 3ème édition, "Mourir Ici et Maintenant" de Max René, "Vert-de-Gris" de Philippe Wolczek - l'ensemble des courts étant disponibles sur http://www.dicklaurent.eu/welcomeToMorrow/index.html -

 

Reste cette question de savoir si un film réalisé non pas sous la contrainte mais à partir de contraintes reste un film à part entière? s'il n'omet pas en quelque sorte sa liberté première?

Au final on aurait tendance à répondre non et à inviter tout jeune réalisateur à se confronter à cet exercice, créer à partir de contraintes pour mieux les dépasser.

 

 

dick laurent

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